27 Juin 2024
SUITE DU JOURNAL DE BELLE MAMAN
Ma chère maman partie au ciel à l'âge de 95 ans ,
elle n'a fait dans sa vie qu'une demie journée d'hôpital ..elle est morte en tricotant..une femme formidable
« L’été comme l’hiver, les jeux de courses ou de glissades déchaussaient les clous des semelles de nos galoches. Les enfants s’amusaient alors à les rechercher, le gagnant était celui qui en retrouvait le plus. Les clous étaient ensuite restitués aux parents qui s’empressaient de les reclouer sous les galoches. Quand les clous étaient neufs, on ne pouvait pas faire de glissade sur la glace ». Nous n’allions jamais à l’église la tête nue. Je mettais une barrette et un ruban rouge dans mes longs cheveux noirs. Le jour de ma première communion (8-9 ans), il y avait la petite messe puis la grande messe le matin et les Vêpres l’après-midi. Maman m’a fait faire une robe neuve qui a aussi servi à mes sœurs et on m’a mis sur la tête une couronne de pâquerettes des champs. Maman, papa, mon frère et ma sœur sont venus me voir aux Vêpres. On a offert du pain bénit à tout le monde à la sortie de la messe. Puis on a porté une couronne aux amis et à notre propriétaire M. Lucet à Marray. Cette tradition du « pain bénit » est tombée dans l’oubli ;
LES FETES ET LA VIE QUOTIDIENNE
Dans mon temps, Noël et le jour de l’an étaient respectés. Nous allions toujours à la messe à Marray. On étrennait une toilette à Noël ou à Pâques. Maman choisissait ces fêtes pour nous habiller. À Noël, nous recevions une orange, des gâteaux, des bonbons, une petite pièce, enfin, tout ce que maman pouvait mettre. On ne recevait pas de jouets comme aujourd’hui. Aujourd’hui, les enfants n’apprécient même pas les jouets qu’ils reçoivent. Ils en ont trop. A mon époque, nous nous amusions avec peu de choses et on était content. Au 1er de l’an, maman donnait du beurre au boulanger et il nous faisait la tarte gratuitement. L’été, les enfants jouaient en faisant « des bauges » (grosse meule de céréales non battues). Nous faisions aussi des chemins avec des pierres. L’importance des veillées L’hiver, on faisait des veillées de parties de cartes entre voisins. On raccommodait les chaussettes et tous les habits. On ne jetait rien. Une toilette servait pour plusieurs années « Dans les années 1930 – 1950, les veillées remplaçaient avantageusement la télévision. Elles étaient de très bons moments de rencontres qui brisaient l’isolement et permettaient d’avoir des nouvelles des familles et du village, pendant les longues soirées d’hiver. Les hommes se mettaient autour de la table, les dames sortaient leur « brouchille » (tricotage). Elles en profitaient pour défaire de vieux tricotsr efaisaient des écheveaux autour des bras des enfants ou autour du dossier d’une chaise. Les enfants jouaient aux jeux de société : jeux de l’oie, de dames, aux dominos, à mistigri, à la bataille ». La vie a beaucoup changé.
AVIEZ-VOUS LA SECURITE SOCIALE, PAYIEZ-VOUS DES IMPOTS, TOUCHIEZ-VOUS LES ALLOC ? METTIEZ-VOUS VOTRE ARGENT A LA BANQUE ? PERCEVIEZ-VOUS UNE RETRAITE ?
Non, nous n’étions pas remboursés quand on allait chez le médecin. Normal, nous ne payions pas d’assurance maladie. On ne payait pas d’impôts.
d’assurance maladie. On ne payait pas d’impôts.
On ne recevait pas d’allocations familiales quand on avait des enfants. « Les allocations familiales sont apparues en 1945
La banque à la maison
Je me rappelle qu’on ne faisait pas beaucoup de dépenses. Il fallait toujours épargner. On ne plaçait pas notre argent à la banque. On le gardait à la maison. On le mettait dans une boîte dans l’armoire pour nos vieux jours. La retraite On ne percevait pas la retraite, on la faisait nous-mêmes. Si tu n’avais pas épargné, tu étais malheureux.
COMMENT EST-CE QUE CELA SE PASSAIT AU DECES D’UNE PERSONNE ?
Tu mourrais chez toi. Ensuite, le corps était porté au cimetière. Tu pouvais avoir un caveau au cimetière si tu avais de l’argent. La famille et les amis assistaient à l’enterrement en reconnaissance. La vie était terminée. Quand le décès était de la famille proche, on s’habillait en noir pendant un an sans sortir au bal et on portait un brassard noir au bras
MA FAMILLE S’AGRANDIT NAISSANCE DE MA PETITE SŒUR ROLANDE
Elle est née le 8 août 1921. Nous battions à la machine. Papa est parti dans la nuit chercher la sage-femme à Neuvy et l’a ramenée. L’accouchement avait déjà eu lieu. Maman nous a dit : vous avez une petite sœur, on va l’appeler Rolande. Maman ne s’est pas levée pour le déjeuner. Millienne, ma belle-sœur venait s’occuper des vaches et moi j’étais aux champs pour aider maman. 2 heures plus tard, maman était à nouveau debout pour le dîner. Cela ne se voit plus maintenant.
NAISSANCE DE MON PETIT FRERE MAURICE 4 ans après.
Un après midi, en avril 1925, je me rendais bien compte qu’il y avait quelque chose, mais on ne nous disait rien. Papa est parti à Neuvy chercher la sage-femme. Il était grand temps, je crois que celle-ci arrive. La sage-femme m’avait appelée pour lui donner du linge. J’ai cru entendre pleurer. Elle nous a appelés pour nous dire que le petit frère était arrivé. Elle nous a demandé comment on voulait l’appeler et nous avons décidé que ce serait Maurice. Maurice était imparfait. Il faisait beaucoup de bêtises. À l’école. Il n’apprenait pas. Il s’était mis un crayon d’ardoise dans l’oreille. On a dû l’emmener chez le docteur. Il allait à l’école avec Rolande
VOICI QUELQUES SOUVENIRS… ET DES AVENTURES QUE JE VOUDRAIS VOUS PARTAGER LES ABEILLES AUX ROUSSEAUX ET A LA ROBILLIERE (1920-1925)
Je me rappelle que, quand j’étais aux Rousseaux, Papa avait des ruches. L’hiver, on retirait le miel. Papa les activait avec une mèche de soufre qu’il faisait brûler. Elles tombaient de la ruche. On prenait les brèches et on les mettait dans un sac clos accroché en hauteur. On les pilait et on faisait sortir le miel qui coulait dans une crémière. Quand papa voyait un essaim partir, il prenait une bassine en fer et il tapait avec un bâton pour faire du bruit. Il disait : « asiz, petite, asiz », Si la reine s’arrêtait dans un arbre, tout l’essaim s’accrochait à elle. Papa retournait la nuit avec une ruche badigeonnée de miel qu’il posait à côté. Il retournait voir le matin de bonne heure. Si elles occupaient la ruche, il rapportait la ruche avec la voiture à cheval ou si ce n’était pas loin avec la brouette. Si elles ne s’accoutumaient pas, elles repartaient. Chez nous, à la Robilière, on avait des boîtes avec des cases. On les soufflait pour qu’ils descendent. On prenait les brèches et on les mettait dans un petit pressoir à miel. C’était plus vite fait. On mettait des masques et des gants, car elles nous piquaient et ça enflait. C’était dangereux. Des mésaventures qui auraient pu mal tourner
QUAND J’AI EU MA PREMIERE BICYCLETTE (1925)
Je vais te payer une bicyclette m’a dit maman quand j’eu 12 ans. J’étais fière de la montrer à mes cousines. C’était la marque « Percheron ». 8 jours après, mes 3 cousines en avaient une. Ma bicyclette venait des Hermites de chez M. Granger. J’ai voulu montrer à maman comme je faisais bien du vélo, mais impossible de pédaler et de serrer les freins. J’ai appris à faire du vélo sur la route de la Ferrière. Quand je voulais arrêter, je fonçais dans les cordes de bois le long de la route. Là, ça m’arrêtait. Un jour, le gars Granger m’a montré à faire du vélo dans les bois de la Ferrière. Mais j’ai eu un accident. C’est comme cela que j’ai eu un dentier de 2 dents.
AVEC MA SŒUR RENEE (1920-1925)
Un jour maman était partie à Marray. Je gardais ma sœur Renée. Elle est tombée dans le feu dans la cheminée. Elle est sortie dehors toute enflammée. J’avais essayé d’éteindre le feu avec de l’eau. Je n’y suis pas arrivée. C’est un gars qui travaillait auprès de chez nous qui lui a sauvé la vie. Elle avait le dos brûlé. Le docteur est venu lui donner les soins. Nous n’allions pas à l’hôpital à cette époque. Maman lui a fait arrêter par une dame qui guérissait les brûlures. Une autre fois, nous nous préparions pour aller voir grand-mère à la Bigotière. Comme on avait mis les bottines, on dansait autour de la table et ma sœur Renée est tombée sur la marmite. Elle avait un trou à la tête. Elle saignait. Nous l’avons menée chez le docteur Rouzeau. Il lui a fait des points. La promenade était terminée. Nous sommes restés à la maison.
AVEC MAMAN (1923)
Maman a eu des accidents qui auraient pu être graves. J’étais encore aux Rousseaux. Un jour de printemps, on partait aux champs. En passant devant la fosse, maman aperçoit un poulet qui se noie. Il crie. Elle le prend. Une vache qui venait d’avoir son veau se lance sur elle et la piétine dans le chemin. Le poulet était mort. Quand maman s’est relevée, elle n’avait plus de peigne dans les cheveux. Elle avait des écorchures. Elle saignait. J’ai eu grand-peur. Ma petite sœur Rolande était avec nous. Heureusement que la vache ne lui a pas mis le pied sur le corps. Par la suite, maman a eu des « résipelles ». Ses cheveux sont tombés et ont repoussé. Ma maman avait des cheveux longs. Elle faisait des tresses puis un chignon en arrondi. On a vendu la vache méchante au boucher.
AVEC MON FRERE GEORGES (ENVIRONS DE 1925)
Quand mon frère Georges est entré à l’école, je devais m’en occuper. Il ne marchait pas vite alors j’arrivais toujours en retard à l’école. De plus, il faisait dans sa culotte. Quel embarras pour moi ! Un jour, à la ferme des Rousseaux, j’allais avec mon frère Georges aux nids dans les bois de la Ferrière. On partait tous les deux. Je lui faisais la courte échelle pour qu’il grimpe aux arbres pour dénicher les nids de pie. On prenait les œufs. On les perçait des 2 côtés. On soufflait pour sortir le jaune. On les enfilait dans une ficelle pour faire des guirlandes. On les accrochait au mur. Un jour, Georges s’est fait piquer par un aspic. Je lui entourais le doigt avec mon mouchoir bien serré. Nous sommes revenus à la maison en courant. Maman avait quelque chose pour « les pierres ». Tout s’est arrangé. Nous ne sommes pas retournés aux nids. On avait eu peur. C’était dangereux. Une autre fois, mon frère Georges m’a donné un coup de raclette sur la tête pour une question de framboises dans les bois. Maman m’a fait un pansement. Nous avons grandi ensemble mon frère Georges et moi.
LA PEUR DANS LES BOIS (ENVIRONS DE 1925-1929)
Un jour qu’il faisait grand chaud, les vaches avaient la mouche. Elles sont rentrées dans le bois puis ont pris une allée d’au moins 2 kilomètres. Elles sont sorties dans les champs de la « Pillardière ». J’ai eu bien du mal à les ramener. Maman appelait. J’avais peur. Il faisait sombre dans les bois. Je connaissais bien le chemin, car une fois, j’avais fait le parcours le soir, des Rousseaux à la « Pillardière » pour voir Geneviève Rillié, une camarade. Nous allions ensemble au bal des Sapins. Je couchais chez elle et je repartais le matin de bonne heure. Je devais retraverser les bois. J’étais plus hardie que maintenant. Aujourd’hui, je n’irai pas, j’aurais trop peur de passer dans les bois.
LA JUMENT S’EST EMBALLEE.
Un autre jour, nous avons vu la mort de près. On était monté tous les 4 dans la carriole. Léandre Enchibaut avait mal attelé la jument. Il a retiré la bride. La jument s’est donc trouvée libre . Elle s’est emballée dans les champs, elle sautait les fossés. On pleurait. C’est M. Balleur qui a stoppé la jument.
CHAPITRE 2
MA VIE DE JEUNE FILLE
Mardi prochain
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