10 Juillet 2024
bonsoir, je vous souhaite une belle soirée et vous laisse un peu de lecture si cela vous dit..
mon homme et sa tendre maman(là elle avait 103 ans l'âge ou elle a arrêter d'écrire, sa vue ne lui permettant plus)
cette femme qui de son vivant ,n'a jamais avoué avoir souffert les premières années de son mariage ..mon homme en a pleuré lors de sa lecture .(j'ai souligné ce qui lui a fait si mal, sa maman chérie qui a dormi avec ses bébés et son chien avec les vaches parce que monsieur ne supportait pas les pleurs.)
bien sûr il savait son père dur mais n'aurait jamais imaginé ça.. quelle femme!!
CHAPITRE 2 MA VIE DE JEUNE FILLE
MON PREMIER BAL (1927)
Nous ne sortions pas beaucoup à cette époque. Quand j’ai eu 14 ans Maman m’a conduite au bal pour la première fois. J’ai vite appris à danser. Nous partions à 9 heures du soir à pied avec la jument. On mettait 2 heures par tous les chemins. Nous allions à l’assemblée soit à Villedieu, les Hermites ou Louestault. Il fallait toujours atteler et dételer la jument. S’il tombait de l’eau, on avait le capuchon et la lanterne. C’était l’habitude que les mères mènent leur fille au bal. Si j’allais prendre un verre avec un copain, elle me surveillait (on disait qu’elle avait l’œil). Si nous restions un peu trop longtemps, elle venait voir ce que je faisais. Plus tard, j’allais au bal avec Millienne, ma belle-sœur et Léon, mon beau-frère.
MES AUTRES SORTIES AU BAL A 15 ANS
En 1928, j’allais au bal une fois par mois aux assemblées. Je dansais bien. J’étais menue : 36 kg peutêtre. Je ne manquais aucune danse. Je dansais avec Francis Calat, un célibataire. Il m’a bien appris à danser. Il était un peu bébête, mais il savait danser. Il était domestique chez M. Guillier. Il est venu avec sa mère aux Hermites. Roland Pleuvry, un copain était quelquefois aussi mon cavalier. Une fois, J’ai gagné une entrée de bal à l’assemblée. J’avais des copains : Michel Leroux, Raoul Blanchet, Octave Tondu, Lucien Papin, Arthur Deret. Au retour du bal, on était bien une vingtaine de copains et copines. Roland Pleuvry me montait sur son vélo. J’avais fait confectionner une robe rouge à la couturière. Elle était en crépon rouge à volants dentelés. Il y avait dessus une ceinture noire. J’avais aussi un panty rose, des chaussettes blanches et des j’ai acheté des boucles d’oreilles avec des pinces que je mettais le dimanche matin. J’avais aussi un collier de perles roses. Pour l’hiver, j’avais un manteau rouge et un sac à main pour ranger mes sous. Pour aller au bal avec Millienne et Léon, je mettais de l’eau de Cologne. Je ne mettais pas de rouge à lèvres, ni de poudre de riz
Une fois, Maman m’a acheté une belle robe en mousseline blanche et rose avec beaucoup de tours. Elle s’arrêtait au-dessus des genoux. Je me trouvais plus belle que mes cousines de La Berre. Elles n’allaient pas au bal. Elles étaient en retard. Elles se sont mariées tardivement.
LA RENCONTRE AVEC MAURICE AU BAL DE MUSIQUE (1929)
Un dimanche, j’ai rencontré Maurice au bal de musique à Marray. Il jouait de la musique avec son frère Eugène. Il faisait danser. La mère d’Eugène et de Maurice leur donnait la voiture pour aller au bal. Il n’y avait que le maire des Hermites, en plus d’eux, qui avait une voiture. C’était une « Arrêse » avec capote en toile
MAURICE, PETIT GARÇON ET JEUNE HOMME
Ses parents : Sa mère Léontine Dorion Son père Léon Hégésippe Ses grands-parents : Sa grand-mère Françoise Tanvirais Son grand-père Eugène Hégésippe. Ils n’avaient eu qu’un enfant : Léon. Eugène, l’arrière-grand-père de Maurice avait eu une enfance particulière. Il est né le 20 avril 1835 à l’hospice Bretonneau de Tours, de père et mère inconnus, enregistré sous le numéro 6068. Il a été élevé par une nourrice et venu travailler en Indre et Loire aux Hermites. II a fait la connaissance de sa femme Françoise Tanvirais en l’an 1880. Les parents de Maurice ont eu 8 enfants : 3 gars Léon, Maurice, Eugène et 5 filles : Simone, Yvonne, Léontine, Yvonne et Léonne. Maurice était le 5e de la famille Hégésippe. Il est né le 20 juillet 1906 à la ferme de La Robillière. Il a été élevé par ses grands-parents au Marchais avec sa sœur Léontine jusqu’à son entrée à l’école puis il est revenu à La Robillière. À 8 ans, il est tombé malade d’une pleurésie : il est resté 6 mois couché
Un docteur de Château Renault venait tous les jours lui faire une piqûre. Il était dans une chambre bien fermée. On lui mettait des ballons d’oxygène, car il étouffait. Quand il fut guéri, il a dû réapprendre à marcher, car il était très faible. Il a repris l’école après sa guérison. Mais à 13 ans, il a arrêté pour travailler. Il a conduit les chevaux avec son frère Léon. Le travail était dur. C’est la grand-mère qui dirigeait la ferme. À 20 ans, sa grand-mère lui a payé une bicyclette. Service militaire Il est parti au régiment pour un an. Il s’est engagé comme volontaire. Quand il est rentré, son frère lui a dit d’arracher les pommes de terre avec un pic. Il avait des ampoules aux mains et mal aux reins. Il n’avait plus l’habitude de travailler.
. Sa mère lui a dit de passer le permis, car elle avait besoin d’un chauffeur. Elle était malade du cœur et devait se rendre à Montoire.
LES PREPARATIFS DU MARIAGE
On s’est fréquenté 4 mois. Les sorties étaient finies. Je n’ai pas profité de ma jeunesse. J’avais 16 ans et lui 24 ans. J’étais une gamine. Je me suis mariée à Marray le 22 novembre 1930. 3 semaines avant, nous avons fait les accordailles (fiançailles, conventions préliminaires d’un mariage). Maurice avait amené sa mère à la maison pour décider du mariage. Ils ont parlé de contrat de mariage. La mère Hégésippe donnait à ses enfants une dot de leur père décédé : 5000 francs et une garde-robe (ensemble de vêtements) Maman ne voulait pas se trouver inférieure. Elle me fit un contrat chez le notaire aux Hermites pour le mariage. C’est les parents de la mariée qui payaient la noce.
Maurice avait choisi son frère Eugène comme garçon d’honneur et Rolande Buron,comme demoiselle d’honneur. La mère de Maurice lui a fait faire par un tailleur un beau costume noir. Maman m’a commandé une belle robe blanche et une popeline pour le lendemain. C’est Mademoiselle Marie Cormon des Hermites, couturière qui les a faites. Quelle dépense pour maman d’habiller sa fille et toute la famille des pieds à la tête ! Lors d’un mariage, il y avait le traditionnel défilé. Le cortège se formait : chaque homme ou jeune homme avait sa cavalière. Le jour J, le défilé était en ordre. Moi, la mariée, j’étais au début du défilé avec mon père, les oncles du côté de Maurice et de mon côté ensuite, tous avec un chapeau, les grands-mères en bonnet brodé. Je suis rentrée dans la mairie la première avec mon papa au bras. Nous étions Maurice et moi devant Monsieur le Maire, Monsieur Tondu. Le maire demanda le consentement de nos parents à tous les deux. La majorité à cette époque était de 21 ans. Avant, tu étais mineur. La majorité est passée à 18 ans en 1974. Si on était d’accord pour le mariage, on répondait « oui » à chacun notre tour. Le maire parla du contrat de mariage, nous avons signé. Je repartais la première avec mon papa. Le cortège se reforma. Le marié se trouvait à la fin de défilé avec sa mère
Puis nous sommes allés à l’église. Devant monsieur le curé, je tremblais. Il nous a dit une messe d’une demi-heure. Il bénit les alliances et nous avons signé le registre. Mon petit frère Maurice a été baptisé ce jour-là. Georges, mon frère était le parrain et Renée, ma sœur la marraine. Nous avons eu des cadeaux et quelques fleurs, les honneurs de toute la famille et des amis. Nous sommes sortis tous les deux de l’église. Nous étions mariés. Nous n’avions plus besoin des parents. Le photographe attendait pour la photo de famille. Il ne tombait pas d’eau. Ils nous ont mis un sac sous les pieds car la terre était molle. Après la cérémonie, nous sommes passés à table. Au menu : de la soupe à la poule, de la tête de veau, des légumes, de la tarte, puis le café et du vin à volonté. Nos parents étaient assis à notre table de chaque côté de nous. Mon petit frère Maurice était imparfait. Papa lui donnait des coups de chapeau. L’oncle de Château Renault a chanté : « il appartient à la famille Tondu » Ma tante Paule Conte a chanté jusqu’à 2 heures du matin. Ma maman nous a conduits à notre chambre. Les jeunes ne nous laissaient pas partir. On a couché chez des châtelains. Il n’y avait pas de bruit dans la chambre haute
NOS PREMIERES ANNEES DE MARIAGE
Je ne sortais plus après notre mariage. Je suis restée chez mes parents jusqu’au 1er novembre 1932. Maurice travaillait chez sa mère aux Hermites àla ferme de la Robilière. Il revenait à bicyclette 2 fois par semaine chez mes parents aux Rousseaux. À cette époque, on n’était pas bien logé. Papa couchait dans la maison, mes sœurs dans la laiterie et mes frères avec les chevaux. Chaque jour, je faisais la vaisselle et je peinais à nettoyer l’écrémeuse et remontais le bol. Maman, elle, tirait ses vaches jusqu’à 9 h 30 du soir. Quand Maurice rentrait chez maman, il rouspétait toujours parce qu’on mangeait tard. Nous mangions la soupe et il repartait le lendemain matin sans dire « au revoir ». J’avais de la peine.
Les premières disputes (1930-1932)
Celles que je vais vous raconter, ont eu lieu avant notre mariage. Un dimanche, nous sommes partis tous les 2 inviter, pour notre mariage, mon parrain et mon oncle Bazoge à Villedieu. Mais e ne me rappelais plus du nom de la ferme de mon parrain, ni où elle se situait. Heureusement, mon parrain était sur la route et il nous faisait des signes. On a été bien reçu. Au mariage ils nous ont offert un carillon (pendule). Cela nous a fait plaisir. Nous avons continué nos invitations et nous sommes descendus dans le bourg pour voir l’oncle et la tante. Vu mon cas, (j’étais enceinte), j’avait des difficultés à me déplacer. Maurice disait que je donnais l’impression d’avoir bu. Mon oncle et ma tante ont désiré venir à notre mariage. Nous sommes repartis direction Les Rousseaux. Maurice ne parlait pas. Je voyais bien qu’il n’était pas content après moi. Ce n’était pas de ma faute si je n’avais pas retrouvé la ferme. Arrivés au chemin qui conduisait à ma maison, il a garé la voiture à l’entrée du champ. Il m’a dit : « descends et va-t’en. Je ne te raccompagne pas, tu me fais honte. Il est bien temps que je m’en rende compte que tu bois ». Je suis partie la nuit à travers les champs et je pleurais. Je suis restée chez maman. Lui, chez sa mère aux Hermites. Un autre jour avant le mariage, la voiture était embourbée. La terre était molle. Maurice est venu chercher mon frère avec un cheval pour le tirer. Moi j’étais déjà couchée. Maman voyait bien qu’on s’était disputé la veille du mariage. Si c’était aujourd’hui, je l’aurais laissé. On m’a toujours dit : « où la bique (chèvre) est attachée, elle doit rester jusqu’à la mort ». De plus j’étais enceinte et une fille qui a un bébé avant le mariage est montrée du doigt. Le lendemain, le voilà « rappliqué » en vélo et il était défâché. Maurice a continué à disputer dans les premières années de mariage. Je n’avais que ma Mauricette pour me consoler. Nous étions à la ferme de la Robilière. Un dimanche, c’était l’assemblée des Hermites. Je suis allée à pied avec ma fille bébé Mauricette aux Hermites. J’avais honte de passer devant le monde avec un landau. Je suis passée par le cimetière et rejoint le chemin de la Robilière. Le soir, grand-mère (la mère de Maurice) a gardé Mauricette et je suis allée au bal. J’ai dansé 2 danses, mais pas d’affilée. L’une avec mon cousin Tatave et un quadrille avec Georgette Emond. Maurice était jaloux. Il m’a encore fait des reproches. Un jour, les sœurs de Maurice allaient à Paris au Comice 2 jours. La grand-mère (la mère de Maurice) m’a donné du travail : faire la soupe, allumer le chaudron sous les pommes de terre pour les cochons. Je devais aussi m’occuper de ma fille. La grand-mère partait, pendant ce temps, aux champs avec les vaches et les moutons. Je fais donc la soupe dans la marmite et les pommes de terre dans le chaudron et j’allume. J’ai senti le brûlé bien fort. Je mets un seau d’eau. Ça a pêté d’un coup. Le chaudron était fêlé. Ah quelle affaire ! je me suis mise à pleurer. À ce moment-là, la grand-mère arrive, elle commence à me disputer et Maurice de plus belle : « Tu ne sais pas travailler, t’as pas gagné ton dîner. Tu es une bonne à rien ». Pendant qu’il dormait, j’ai rassemblé mes affaires et je suis partie avec ma Mauricette, sans rien dire, à pied aux Rousseaux chez ma maman. J’ai raconté bien sûr à ma maman ce qui m’était arrivé. Maman m’a dit : il aurait pu te ramener en voiture. Maurice est venu au soir. Il disputait. Tu aurais pu dire que tu partais retourner chez ta mère. « Moi je reste avec maman » lui ai-je répondu. Le dimanche, le voilà de retour, pas content, pour me ramener. On dit toujours : c’est le mari qui est le maître et qui décide de tout. Il ne m’appelait pas « chérie ». Il ne tapait pas, il ne me méprisait pas. Mais j’en avais marre de cette vie faite de peines plus que de joies. Mais, à cette époque, on ne divorçait pas.
Bien ou mal mariée, tu restais auprès de ton mari. Plus tard, j’ai commencé à m’habituer à entendre rouspéter. Ça entrait dans une oreille et sortait par l'autre’. Je lui répondais : « Je ne veux plus être menée » (soumise)
NAISSANCE DE MES PREMIERS ENFANTS
Le dimanche 22 mars aux Rousseaux, j’ai accouché d’une petite fille Mauricette. Elle pesait 4 kg. Elle avait des cheveux noirs. Maman lui faisait une houppette. Elle était belle et mignonne. Elle ne pleurait pas. Mes frères et sœurs l’adoraient. J’ai accouché dans un lit à baldaquin comme les rois. Au début de mon mariage, je suis restée chez ma maman. Comme je ne savais pas langer ma petite fille. C’est maman qui le faisait. Elle la mettait sur une petite chaise dans un coin de la cheminée avec un lange, un bout de toile fin, un linge blanc. Elle portait une brassière rose. Elle la plaçait aussi dans le landau avec un bavoir et une bouteille de lait. Elle n’était pas rationnée même un peu grosse.
ARLETTE EN 1933
Arlette est née le 8 août 1933 aux Marchais. Elle était petite : 3 kg. C’était une petite blonde comme sa tante Irène. La mère Diderot s’est occupée de moi. Elle était une mère pour moi. Elle m’a montré à faire la cuisine et m’a remonté le moral. Elle avait 5 enfants. Son mari était cantonnier. Yvonne et Léonne, mes cousines n’étaient pas gentilles. J’étais une « rapportée ». La grand-mère Hégésippe ne venait pas souvent voir sa petite fille. J’économisais beaucoup d’argent quand je faisais le beurre. Maurice rentrait tous les soirs de chez sa mère. Il ne voulait pas entendre pleurer et comme Arlette était pignou, je faisais manger Mauricette et Arlette avant qu’il n’arrive et je les couchais. Si je lui répondais, Maurice m’envoyait dehors. J’allais avec mes vaches et Je n’avais pas peur. Je passais par la laiterie prendre un fromage, car j’avais pas soupé. Si les filles pleuraient, ils venaient me chercher. Il n’était pas gentil pour moi. Je n’avais pas la parole et il était le maître. Je ne suis pas restée longtemps coucher avec mes animaux et mes deux filles.
CLAUDE EN 1935
Claude est né à la Robilière le 25 avril 1935. Le docteur était en vacances ; heureusement, il est rentré la veille. Le remplaçant ne perçait pas la poche d’eau. Ça n’avançait pas. Il est descendu chercher le docteur Rouzeau. 5 minutes après son arrivée, le petit gars était arrivé. Le docteur Rouzeau n’était pas content du remplaçant. Nous, on était content d’avoir un gars. Il aurait pu mourir. Il pesait 3,500 kg. La mère Robichon s’est occupée de moi ainsi que sa fille Madeleine. Papa et maman sont venus voir leur petit gars. Nous l’avons arrosé.
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